Back dans les bacs: The Book!

Il a fallu 2 ans et 27000 déclenchements au photographe suisse Robert Frank pour nous livrer en 83 photos, sa vision de la société américaine à travers son livre culte: « The Americans ». L’élaboration de cet ouvrage, alors soutenue par la fondation Guggenheim, procédait d’une intention déterminée: dépeindre les travers du « rêve américain » qui entrainait déjà le monde à sa suite. Frank se lançait en 1955 dans un long périple à travers les États-Unis d’Amérique pour photographier « leur quotidien et leurs dimanches, leur réalité et rêve ».

Le photographe avait en fait une vision bien précise de ce qu’il tenterait de décrire. Son intention était bel et bien de mettre en exergue la décadence d’une nation qui s’emparait déjà du leadership idéologique qui entrainerait le monde à sa suite. Dans la lettre qu’il adressa à la fondation Guggenheim afin de solliciter une bourse il faisait allusion à « la civilisation née ici et qui s’étend ailleurs ».

Ségrégation raciale, industrialisation, automatisation, culte de la vitesse et des apparences, de la modernité, inégalité, solitude, pauvreté ou aliénation, Robert Frank préparait en fait le portrait au vitriol d’une civilisation toute entière en passe de s’imposer comme le modèle dominant.

Cet ouvrage majeur de l’histoire de la photographie, ré-édité en 2009 à l’occasion du cinquantenaire de sa publication, est également à l’origine d’un bouleversement profond des codes de la photographie de rue autant que documentaire. C’est une véritable révolution qui est opérée dans l’approche photographique de l’époque.

Les photographes d’alors sont contraints par les éditorialistes de magasines à se cantonner à une forme très particulière de photographie. Le 35mm n’est qu’un jouet indigne d’un professionnel. Les images doivent être lisse, propres et sans accroc. L’exact opposé de ce que fera Robert Frank dans son œuvre magistrale. Le photographe ne vise pas la réussite formelle de son art. Mettant en évidence les biais d’un modèle naissant, il cherche à donner du sens, à provoquer des émotions, des réactions. Ses photos sont sales, rugueuses, « mal cadrées », mal éclairées, floues, sous-exposées, ratées. Et pourtant elles parlent avec force, sans un mot. Une prouesse rarement renouvelée…

 The Americans est un « manifeste contre la belle image » dont s’abreuve la société consumériste naissante mais dont Robert Frank ne saurait se satisfaire. Enfant de la Beat Generation, il est un artiste désintéressé. Pas un marchand de rêve. Il est d’ailleurs intéressant de noter que Frank abandonnera la photographie dès lors que son livre rencontrera le succès que l’on sait. Il avait joué son rôle, fait sa part, et craignait de se répéter inutilement.

Une grande leçon de photographie, totalement transposable de nos jours. Aujourd’hui une nouvelle édition de ce monument est disponible chez les libraires. Une nouvelle occasion de se procurer ce livre mythique, d’en tirer le meilleur et de se régaler.

Quelques liens en référence:

Un excellent article sur Esprits Nomades

Télérama dans les pas de Robert Frank, l’amérique sans le rêve

Deux ouvrages indispensables pour aller plus loin, chez le même éditeur:

Looking In: Robert Frank’s The Americans

Robert Frank en Amérique, catalogue d’exposition

Bonne lecture!

 

2 réflexions sur « Back dans les bacs: The Book! »

  1. Hello Baptiste, content d’être tombé sur ton site. On s’était un peu croisé sur 500px. J’ai suivi un lien depuis le G+ de Henri-Pierre Chavaz. Je ne sais pas si tu postes encore sur 500px, mais j’espère que tu pourras héberger rapidement ton portfolio ici pour nous en faire profiter !
    Robert Frank est sur ma liste de Noël avec The Last Resort de Martin Parr. Je vais rester sage jusque là pour être sûr de les avoir 😉
    Au plaisir de lire d’autres articles !
    Jeff

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *