« Il faut avoir une obsession,
  être déterminé et avoir des couilles »

La célèbre citation de Martin Parr qui se termine par: « Faites ce que vous avez à faire avant qu’il ne soit trop tard » illustre bien la difficulté que l’on rencontre à se placer face à des inconnus en pleine rue pour les photographier sans même leur demander la permission.

Bien des photographes, débutants ou non, ne parviennent pas à franchir ce pas. Ou bien ils ne l’envisagent même pas, tellement cela leur parait insurmontable. Je dois reconnaitre ici qu’il m’est déjà arrivé de prendre des coups sur la tête! Pourtant « la rue » est une source inépuisable de sujets photographiques et il est fort dommage que ceux qui désirent s’y frotter ne le fassent pas parce qu’ils se sentent intimidés.

Nous allons donc proposer ici une série d’astuces qui permettront aux plus timides de surmonter leurs réticences pour franchir enfin le cap.

  • Restez à distance

Pour commencer la manière la plus simple sera de rester à bonne distance. Les photos « d’attente » où la composition et l’instant priment sur l’immersion demandent moins d’implication de la part du photographe vis-à-vis d’autrui. L’élément humain y prend une importance moindre et l’accent est porté sur l’architecture, la lumière, les lignes, les contrastes ou les formes.

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Pour autant ce type d’image est tout à fait digne d’intérêt et fait pleinement partie de la tradition. Les possibilités offertes sont infinies et passionnantes. Je pense qu’il s’agit là d’une très bonne manière de commencer la photo de rue sans pour autant se confronter trop directement aux personnes.

  • Photographiez de dos

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La méthode peut paraitre un brin étrange… mais pour autant que vos intentions soient claires et définies, il s’agit encore d’une approche facilitant la démarche.

Dans le même ordre d’idée vous pouvez aussi ne pas cadrer les visages.

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Les stratégies suivantes ont été glanées ici et là sur la toile. Toutes relèvent plus ou moins du mensonge ce qui les rend délicates à manier. Pour autant il est des situations où ces solutions permettent d’obtenir un cliché que l’on pourrait voir s’envoler autrement. Lorsque l’on a l’intuition que la ou les personnes n’accepteraient pas d’être photographiées ou que l’on ose simplement pas…

  • « Shoot from the hip »

La technique est vieille comme le monde: vous cadrez sans regarder à travers le viseur, appareil autour du cou (ou pas d’ailleurs). Le bruit du déclencheur peut vous trahir c’est une des raisons qui fait que ce n’est pas une méthode que j’affectionne particulièrement. J’imagine le type qui l’entend et me demandera des comptes alors que j’ai joué l’anguille… j’aime mieux assumer, mais je l’utilise quand même de temps à autre. Souvent par jeu, ou par facilité. Pourtant cette technique est un grand classique de la photo de rue et le point de vue en contre-plongée peut donner des images intéressantes.

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Il convient de choisir une focale plutôt large afin de garder un peu de marge sur le cadrage et, contrairement à l’image ci-dessus, d’utiliser l’hyperfocale plutôt que l’AF qui manquera trop souvent d’accrocher le sujet principal. Cette approche laisse une bonne place à l’approximation et au hasard, ce qui n’est pas pour me déplaire…

Une variante consiste à utiliser l’écran inclinable au dos des appareils qui en disposent pour transformer un apn en reflex bi-objectif.

  • Visez « à travers » les personnes

Celle-ci est une de mes favorites! C’est un tour de magie qui fonctionne à chaque fois. Vous vous calez pile en face de celui ou celle que vous voulez photographier, vous déclenchez et vous attendez, l’œil vissé dans le viseur. Longtemps. Suffisamment pour que votre proie ait le temps de bien comprendre que ce n’était pas elle qui était visée, mais bien le mur, derrière. Oui c’est magique. Hautement recommandé.

La photo tout en haut de la page en est une illustration. Celle-ci également:

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Ici on perçoit bien la perplexité du gars. J’avoue avoir pensé devoir me justifier au moment où j’ai pris cette photo. Mais j’ai attendu et finalement il a fini par lâcher l’affaire…

  • Jouez les vidéastes

Là encore la technique est assez surprenante. Lorsque vous vous trimballez dans la rue à la manière d’un vidéaste les personnes ne se sentent plus visées personnellement et ont tendance à accepter beaucoup mieux l’appareil. L’œil dans le viseur ou à travers l’écran arrière, saisissez vos clichés au gré de la balade sans montrer que vous vous attachez à un moment particulier.

Par extension on comprend que l’objectif est mieux accepté lorsqu’il ne semble pas cibler une personne en particulier. Lorsque vous repérez quelque chose qui attire votre regard, essayez d’anticiper l’action et de vous placer en avance. C’est alors une question de timing. Trop tôt les personnes vous repèrent et vous évitent, trop tard elles vous voient les cibler et vous tombez alors dans la confrontation que vous cherchiez à éviter.

La dernière étape consiste à ne plus vous cacher. C’est la technique la plus précise et finalement peut-être la plus simple. Celle qui vous permet de mieux construire votre composition au cœur de l’action, de saisir l’instant décisif. Et elle demande un minimum de courage, ou au moins de confiance dans sa démarche, si ce n’est en soi…

"Fumer tue?"

La difficulté principale réside dans le fait de ne pas être détecté pour préserver la candeur de la scène. La présence de l’appareil transforme le comportement des personnes qui se figent ou réagissent d’une manière ou d’une autre. Pour éviter cela il faut se tenir prêt et agir rapidement.

Votre appareil doit être préréglé. L’exposition toujours calée en avance, que vous utilisiez un mode semi-auto ou en manuel. Vous pouvez utiliser l’hyperfocale si les conditions vous permettent de fermer le diaphragme ou laisser à l’autofocus le temps de faire son job, si par exemple vous cherchez à minimiser la profondeur de champ.

Finalement ces techniques fonctionnent très bien, le plus souvent. Parfois pas et il convient alors d’en revenir aux bases. Un sourire et un bonjour ou un merci désamorcent 9 fois sur 10 les situations tendues et c’est bien là le point le plus important à retenir!

Cet article entend donner des astuces à ceux qui cherchent à faire le premier pas et parfois n’y parviennent pas. Il est forcément incomplet mais comporte déjà quelques tuyaux qui sauront être utiles au moins de façon ponctuelle.

Je pense qu’il est bon de s’exercer à ces « fourberies » de manière à pouvoir y faire appel en cas de besoin. Je crois qu’elles font partie de l’attirail de tous les photographes de rue qui y recourent de temps à autres.

Si vous avez d’autres ficelles à proposer n’hésitez pas!

6 réflexions sur « « Il faut avoir une obsession,
  être déterminé et avoir des couilles » »

  1. Très bon article qui peut aider les débutants.

    Si tu me le permets, j’ajouterai une petite astuce que j’utilise tout le temps : ne jamais établir le contact visuel avec le sujet pour ne pas qu’il nous sente venir. Je regarde toujours ailleurs tout en gardant le sujet dans mon champ de vision, puis je m’en approche (toujours sans le regarder) et c’est lorsque je suis à distance de cadrage que je met l’appareil à l’oeil et que je le prend en photo.

    Une autre petite astuce qui marche à tous les coups : se caler devant une personne et viser quelque chose en hauteur (nuages, toits, etc) pour donner l’impression qu’on photographie un élément du décor derrière. Puis on retire l’oeil du viseur et on simule le contrôle de la photo sur l’écran LCD alors qu’en réalité on se sert de l’écran LCD pour cadrer le sujet et prendre la (vraie) photo.

    Mais rien ne vaut la décharge d’adrénaline lorsqu’il s’agit de se planter devant une personne et la prendre en photo, à 1m de distance ! La plupart du temps ça passe très bien, il suffit de sourire et dire merci, voire de plaisanter un peu… je pense que les gens sont plus agacés par les photos volées que lorsque la démarche est franche et respectueuse.

  2. Bonjour,

    C’est une bonne compilation d’astuces. Sinon on peut courir très vite une fois l’affaire faite ou encore se faire accompagner par des potes plutôt costauds… Non, je plaisante.
    Je me reconnais dans la catégorie des timides et j’ai connu pas mal d’occasion de le regretter. La question est de faire comprendre au « sujet » qu’il est en définitive très respecté. Un jour il faudra que je trouve le courage de dire que j’aimerais prendre une personne en photo parce que je la trouve très photogénique… pour l’heure j’en reste à faire croire que je prends autre chose.

    1. Mouarf! C’est vrai que la course peut sauver la mise parfois!

      Il m’est arrivé quelques fois de prendre des coups sur la tête, de recevoir des menaces, d’autre de se faire arrêter par la police… il faut s’accrocher dans ces cas-là, ce n’est pas toujours simple… mais le plus souvent un sourire suffit largement! Courage, ça vaut le coup! 😉

  3. Hello, très bonnes astuces pour aider les timides ! Enfin pas que, c’est même si j’ai pris pas mal d’assurance dans la rue, je continue d’utiliser quelques de ces techniques (viser à travers les gens sans les regarder, viser en haut puis baisser l’appareil). Il y a quelque chose qui marche bien aussi, se poster à un endroit très passant et attendre que les gens passent devant. Au bout d’un moment personne ne fait plus attention à vous. On fait comme partie du décor. Map à 1m, f8 pour la profondeur de champ et on a plus qu’à cliquer ! Je me suis amusé à rester au même endroit pendant près de 20 minutes et c’était comme une pêche miraculeuse 🙂
    Bon la limite du truc c’est qu’on choisit pas ses personnages…

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