La photo de rue est-elle soluble dans Photoshop?

L’avènement du numérique a permis une véritable explosion de la photographie de rue, et pour notre plus grand plaisir des images nous parviennent en nombre du monde entier, souvent de très grande qualité et le genre semble rencontrer un regain d’intérêt certain.

Pourtant cela ne va pas sans une sorte de mutation qui me parait discutable.

Il m’arrive souvent de me balader sur des pages spécialisées type « groupes Flickr » et de m’interroger sur le fondement de la démarche.

Combien d’images produites font appel à de la mise en scène? Combien sont retouchées au point de trahir la réalité de la scène photographiée? Est-ce cela aussi la photo de rue? Peut-on demander à une personne de se tenir là et de faire tel geste? Passer un instant sous Photoshop pour transformer une robe jaune en robe rouge afin qu’elle réponde à cet élément de l’arrière-plan et ainsi multiplie l’impact visuel par dix?

Il faut reconnaitre que certains parviennent à créer de la sorte des photographies dignes d’intérêt.

Mais peut-on honnêtement procéder ainsi et faire comme si l’on avait capturé ces scènes sans recourir à ces artifices?

Voilà les questions que je me pose à chaque fois que je tombe sur l’une de ces images, qui ne sont heureusement pas la norme, mais qui existent tout de même et que l’on peut voir chaque jour.

A ceux qui se demandent à quoi je fais allusion je recommande de faire un tour sur l’excellent groupe Flickr StreetHunters.net

Il ne s’agit que d’un exemple que je choisi pour sa qualité, mais tous les groupes dédiés sont concernés bien sûr.

Quel est votre sentiment par rapport à ces questions? Est-ce que cela vous parait normal, souhaitable? Est-ce une trahison de l’esprit initial du style?

7 réflexions sur « La photo de rue est-elle soluble dans Photoshop? »

  1. Quel esprit initial du style ?
    Celui de Doisneaux, et du fameux baiser interpréter par des acteurs ?
    La retouche est aussi vieille que la photographie, ça part dans tous les sens, en photographie de rue comme en paysage. Ça ne fait pas toujours une bonne photo, mais ça ne fait pas toujours une mauvaise non plus. On n’est pas dans une crypte, où les saints sont figés dans leur loges. 😉

    1. Salut emef! Merci pour ton commentaire.

      Parfaitement d’accord avec toi. Il ne s’agit pas de sacraliser qui que ce soit. Je m’interroge plus sur la compatibilité de ces pratiques avec un genre photographique qui repose a priori sur la spontanéité.

      Mais le fait que tu évoques le baiser de l’hôtel de ville montre combien cette « supercherie » interroge la pratique. Si ce n’était pas le cas cela ferait longtemps que l’on en parlerait plus.

      Je n’ai pas de réponse tranchée à ces questions. Mais je reconnais que ces images, manifestement mises en scène ou retouchées, me font l’effet d’une tricherie.

  2. C’est toute l’ambiguïté de la « photographie de rue » un genre tiraillé entre le documentaire et l’artistique où chacun fixe ses limites.

  3. Pour ce qui est des « photos scénarisées », en tant que photographe de rue, le fait de décider ce qu’on va mettre dans « le cadre » est déjà un travestissement de la réalité. C’est une interprétation et c’est ce qui me plaît dans la photographie de rue. Demander à quelqu’un de faire tel ou tel geste pour rendre la photo plus intéressante ne relève par contre plus de la photo de rue à mon point de vue. On est plus dans une séance de « shooting dans la rue. Changer les couleurs en éditant ? J’approuve pas, mais c’est pas ce qui va transformer une photo banale en super photo. Et puis si le gars arrive à vivre avec la supercherie, ben tant pis pour lui. Moi je fais d’abord les photos pour moi, faut que çà me plaise avant tout, si je modifie de la sorte les couleurs, la photo ne me plaira pas plus car je sais que j’aurai triché… Le mieux c’est de se tenir au N&B 😉 Mais je commence à prendre de plus en plus de plaisir à shooter en couleurs !

    1. Salut Jean-François, merci pour ton commentaire.

      Je partage ton point de vue. La mise en scène ne peut entrer dans la catégorie « photo de rue ».

      Et je te rejoins également sur la question de la satisfaction personnelle qui risque fort de s’amenuiser en trichant…

  4. La photo de rue est une photo de l’instantané. Pour autant on ne peut pas demander à chaque auteur ses fichiers natifs pour contrôler la véracité de son travail, comme on demande au cycliste ses urines…
    La qualité du travail d’un photographe de rue se lit dans son oeuvre, pas sur un seul cliché. Un coup de bol ou de grâce est bien sûr possible, mais rares sont les photographes qui s’expriment sur un seul cliché.

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