La photo de rue qu’est-ce que c’est?

Définir la photographie de rue n’est pas une mince affaire. Toute tentative de définition court le risque d’établir un carcan qui ne saurait rendre compte de la multitude des réalités. Malgré cela, la photo de rue présente des caractéristiques qui la distinguent radicalement des autres formes de photographie et nous devons chercher à les cerner afin de mieux la comprendre.

La photographie de rue se pratique dans la rue, ou plus largement dans n’importe quel endroit public. Elle est apparue avec l’avènement des appareils photographiques portatifs et des films rapides ayant permis à la photographie de conquérir ces nouveaux espaces. Parallèlement, à cette époque d’industrialisation de l’économie, les travailleurs de la cité bénéficient pour la première fois d’un peu de temps libre, et investissent donc également l’espace public, offrant alors au photographe le spectacle d’une société en pleine mutation.

Si Paris est considérée comme le berceau de cet art, il ne tarde pourtant pas à trouver un écho important aux USA où les photographes en proposeront un développement majeur. C’est sûrement pourquoi la discipline tend à être communément dénommée « street photography », même en France.

D’une façon ou d’une autre, l’humain est toujours le sujet principal de la photo de rue. C’est ce qui la distingue de la photographie de paysage ou d’architecture. Pourtant elle ne s’attache pas à rendre compte de la réalité des personnes photographiées comme peut le faire le portraitiste par exemple. Ici les personnes sont indifférentes. Seules comptent leur présence, leurs interactions, la situation.

Cette distinction entre photographie de rue et portrait de rue me semble toutefois assez précaire et perméable.

Toujours est-il que contrairement au portrait « classique », la photographie de rue s’attache à saisir des situations spontanées. Ici on ne convoquera pas un modèle pour lui tirer le portrait. Si on réalise un portrait, c’est « à la volée », sans préparation et le plus souvent de façon « candide », c’est à dire sans que la personne photographiée ne soit alertée.

La photo de rue se distingue également du documentaire ou du reportage photographique. Ces disciplines peuvent paraitre très proches, et d’une certaine manière elles le sont. En effet, avec le temps qui passe, les photos de rue acquièrent un aspect documentaire, témoignant d’une époque révolue et des transformations de la société. Pourtant elle se distingue clairement par certains aspects qui lui sont absolument essentiels. D’abord par la poésie qui est peut-être la quête la plus caractéristique de la photographie de rue. Joyeuse, triste, légère ou dure, avec humour ou violence, la poésie est un ressort essentiel de la photo de rue. Le documentaire vise une transcription fidèle de la réalité. La photo de rue cherche à la découper, la remanier, la transformer afin de faire jaillir un propos subjectif et favoriser l’émergence de la poésie.

Henri Cartier Bresson, l’un des fondateurs de la discipline, expliquait même se situer dans la démarche des surréalistes! Ses photos « les Arènes de Valence » ou « Livourne » par exemple, en sont des témoignages assez probants. D’une manière plus générale, le principe de juxtaposition largement utilisé en photo de rue, permet le jaillissement du surréalisme.

Rayons X

Créature

Il existe dans la discipline deux grandes approches qui peuvent cohabiter mais se distinguent toutefois. Une photographie patiente, qui porte l’emphase sur la composition, le jeu des lignes, des contrastes, de la lumière, des équilibres et des espaces. Le photographe choisit un lieu, établit patiemment la composition à l’intérieur de son cadre, et attend que le « bon client » vienne s’y loger. Ce type de photographie « d’attente » fait également appel à la notion d’instant décisif chère à Henri Cartier Bresson, qui implique de déclencher au bon moment, lorsque tous les éléments à l’intérieur du cadre révèlent une harmonie formelle.

Rayon de lumière

"Crossings"

Une autre approche, plus active, consiste à tenter d’identifier une scène potentielle juste avant qu’elle ne se produise et se tenir prêt à la saisir au moment clé. La différence principale tient au fait que la composition n’est pas planifiée par avance. C’est l’opportunité soudaine qui entraine le déclenchement.

Contre-courant

La récré

La photographie de rue se pratique « dans l’action ». Voler des photos au 300mm s’apparente plus à la photographie animalière. Le photographe de rue utilise une focale courte et se tient au coeur de l’action. Les focales traditionnellement utilisées s’échelonne entre 28 et 50mm. Le 35mm étant une sorte de référence dans cette discipline.

A titre personnel j’utilise un 18mm et un 40mm (équiv. 24×36). Avant d’avoir ces deux objectifs j’utilisais la position 35mm de mon zoom.

Les focales courtes permettent au photographe de se tenir au plus près de l’action et de produire ainsi des images immersives qui rendent compte de l’environnement par l’absence de compression des plans et la grande ouverture de champ qu’elles procurent.

Non!

Victor Hugo

En contre-partie ces focales exigent du photographe qu’il dépasse ses peurs afin de s’approcher suffisamment pour que son sujet remplisse son cadre. Cela implique un peu de courage et des intentions claires.

S’il fallait retenir quelques principes de cet article, ce serait à mon avis que:

  • le sujet de la photo de rue est l’humain.
  • ce sujet est présenté dans des situations spontanées.
  • le photographe de rue cherche à transformer la réalité et non à la décrire. Il laisse ainsi s’exprimer à sa subjectivité afin de mettre en évidence la poésie du quotidien, de trouver l’exceptionnel dans le banal.
  • Pour saisir ces scènes de vie, le photographe utilise une focale courte et se tient au coeur de l’action.
  • Comme dans n’importe quel genre photographique le sujet de la photographie doit émerger de manière simple et évidente.

Je pense avoir décrit ma conception de la photographie de rue de la façon la plus simple et ouverte possible. J’ai le projet de proposer sur ce blog des traductions qui viendront compléter cette définition personnelle et permettront sans aucun doute d’enrichir le propos.

En attendant je vous propose d’en discuter dans les commentaires ci-dessous…

Au plaisir de vous lire!

2 réflexions sur « La photo de rue qu’est-ce que c’est? »

  1. Belle entrée en matière pour ce nouveau blog très intéressant.
    Suggestion pour un prochain article : s’approcher du sujet.
    Pour le novice c’est le plus difficile, quelques trucs et conseils pour surmonter ses craintes sera bien utile.
    Longue vie au blog !

    1. Merci de passer par ici Gil. Etant moi-même converti récemment au Fujisme, je suis un lecteur assidu de ton blog ( http://www.lefujiste.com/ ).

      Effectivement ça pourrait être un sujet intéressant. Traité de nombreuses fois tout de même, mais peut-être moins souvent en français…

      Je vais me pencher sur la question. Merci à toi, longue vie au Fujiste!

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