« Le soleil brillera »

La manif’ du 31 mars 2016 se termine à Bordeaux, il pleut littéralement des cordes et chacun tente de s’abriter comme il peut. Je décide d’affronter la pluie pour tenter de glaner un cliché ou deux alors que le cortège se disloque rapidement.

Depuis quelques jours je garde mon nouvel objectif vissé sur mon boitier. Il faut que j’apprenne comme il voit les choses… c’est l’équivalent d’un 41mm. Cette focale est un peu longue par rapport à mes habitudes mais c’est l’objectif le plus compact et discret de toute la gamme. Et j’aime l’aspect simple et naturel qu’il donne aux images. Il reste assez large sans toutefois provoquer de déformation excessive et peut-être parviendrais-je à trouver comment exploiter la « bonne » distance.

Quoiqu’il en soit il pleut fort, je décide donc de ralentir la cadence de l’obturateur pour saisir les hallebardes qui nous mènent la vie dure. De toutes manières c’est une chose que je voudrais faire plus souvent. J’ai dû passer trop de temps à tenter de produire des photos « bien sous tous rapports », et je m’en suis lassé. Le charme des images faussement ratées me fascine de plus en plus, c’est d’ailleurs un des aspects qui m’a amené à la photo de rue. Le chaos qui y règne rebutera automatiquement les fanatiques de l’ordre! Seule la peur de manquer une occasion me retient encore. La technique ne se prête pas à toutes les images et dans le tumulte il est parfois délicat de changer radicalement tous ses réglages sans passer à côté d’une opportunité précieuse…

C’est donc au 15ème de seconde que je me glisse parmi la foule agglutinée sous les quelques abris bondés, photographiant un peu au petit bonheur la chance tout ce qui passe à ma portée et m’interpelle d’une manière ou d’une autre. Comme prévu les déchets sont nombreux mais par chance une photo m’interpelle et semble sortir du lot.

Cette jeune fille, la tête couverte d’un foulard, portant sa main sur sa tête semble chercher à se protéger du soleil, tandis que les parapluies de l’arrière-plan témoignent du contraire.

Finalement l’image est largement floue, la mise au point aléatoire, mais le résultat est une netteté « acceptable », placée au bon endroit. Il se trouve que la séparation des tons clairs et des tons foncés dessine une structure de S couché, formant une composition agréable et équilibrée.

J’aime aussi ce cadrage. La manière dont le sujet vient se heurter sur le bord du cadre, semblant chercher à s’en échapper. La partie gauche de l’image n’est en fin de compte qu’un grand espace vide, répondant en négatif au fort décentrement du sujet sur la droite de la photo. Cette disposition amène à s’interroger sur le contexte invisible du « hors-champs ». Personnellement c’est l’idée de l’avenir que je perçois hors de ce cadre. Plus que cette histoire du sens de lecture qui voudrait que le passé soit symboliquement sur la gauche d’une page et le futur sur la droite, c’est ce regard qui parait déterminé au mouvement, avec ce sourire en demi-teinte qui évoque cette idée chez moi et en fin de compte je crois que c’est ce qui m’attire le plus dans cette image.

Je partage cette lecture avec vous parce qu’il me semble que le travail d’un photographe consiste beaucoup à faire le tri. De la prise de vue à la sélection des images, la question du tri me parait centrale dans notre « art ». Et cette sélection peut être analysée à postériori. C’est ce que je tente de partager là avec vous.

Au plaisir de vous lire!

8 réflexions sur « « Le soleil brillera » »

  1. Salut Baptiste,
    Bien vu le choix de cette image. Et ton commentaire/analyse est vraiment un partage intéressant.
    Je sens que je vais passer par ici régulièrement.
    Amitiés.

  2. Très belle analyse Baptiste. Ce 27 mm me fait de l’oeil aussi. Pour le moment c’est le 18mm, ma focale de prédilection. Si je me lasse un jour je pense que j’essaierai celui là… J’aime beaucoup cette photo prise avec une vitesse lente. Il y a du mouvement, le geste de la demoiselle et surtout le mystère entourant la photo.

    1. Salut Jean-François. Merci pour ce commentaire. Je suis toujours en quête de mon objectif préféré. Le 18mm et le 27mm se disputent ma préférence. Du coup j’ai décidé de taper au milieu en investissant dans un 23mm. Pas certain qu’il remporte le match en fin de compte à cause de sa taille et de son poids… (c’est le f/1.4 et je crois que j’aurais du choisir l’autre, le f/2).

      Le 18mm donne des images plus dynamiques mais moins formelles que le 27mm. J’aime les deux de ce point de vue. Il prend l’avantage à l’usage grâce à la bague de diaph’ mais il est un peu plus lent…

      Ce que le 27mm a de génial c’est son format. Il est d’un légèreté totale et reste un poil plus discret (pas de pare-soleil avec)…

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